J'aimerais pouvoir comprendre ce qui se passe dans ta tête, comprendre d'où proviennent les mots que tu prononcent, la vraie logistique. Je voudrais savoir pourquoi tu dis certaines choses et pas d'autres, j'aimerais être capable de distinguer lorsque je dois te croire et ne pas te croire, lorsque je dois te prendre au sérieux et ne pas le faire. J'essaie de comprendre, mais alors que je ne peux même pas différencier les mots de ma tête, je m'entête à essayer de comprendre ceux de la tienne. Je t'aime Alexe (L). J'aimerais dire que je veux que ça arrête, mais c'est très conflictuel dans ma tête. C'est agréable dans un sens, mais dans l'autre sens, c'est ça qui me bouleverse. C'est comme si j'étais attirée, terriblement attirée et qu'on me tirait le bras pour que je tombe vers cette attirance et de l'autre côté, c'est la résistance qui tire et pour une fois, c'est elle qui est la plus forte. Elle est la plus forte parce qu'elle s'accompagne de la méfiance et du mur, le mur qui la protège. C'est dur, déjà de le construire a été une étape suffisamment frustrante, mais le maintenir debout demande encore plus d'efforts parce que c'est à long terme, ce n'est pas une question d'une nuit ou quoique ce soit, ici, il est question de plusieurs jours, semaines et mois, peut-être même années. La vraie question est : «Est-ce que j'ai encore le droit de pleurer?» Et la réponse est «non». Maintenant qu'il y a tout ça autour de moi et que je me sens légèrement plus forte, je me sens tirée de l'autre côté et pas seulement par ma seule volonté, mais par la tienne aussi. Tu ne veux pas que je résiste à quoique ce soit, tu veux tellement que je dépende de toi, tu as besoin du contraire de ce que j'ai besoin. Tu sens que je me suis éloignée, que ce n'est pas exactement comme avant, que je laisse une certaine distance entre toi et moi et .. c'est pour moi que je le fais. J'ai un psychologique instable, tu te souviens? J'essaie de m'aider, tout simplement et tu crois peut-être m'aider aussi. En quelque sorte, tu le fais parce que c'est à toi que je veux tout raconter et à personne d'autre, mais d'un autre côté, tu ne le fais pas, tu fais peut-être même le contraire parce que tu m'empêches de rester stable en étant tout aussi instable que moi. Peut-être que, de mon côté, je m'invente de la volonté, je me fixe des buts invisibles, mais au moins je sais ce que je veux, ou du moins je fais semblant de le savoir. Ça serait si simple que, après avoir entendu «non» autant de fois, de ressentir que tu le voulais vraiment. Parce que j'ai besoin que tu saches ce que tu veux, tu comprends? J'en ai de besoin pour arrêter de me protéger une bonne fois pour toutes, pour pouvoir simplement vivre sans avoir à me poser des questions, sans avoir à chercher à laisser une certaine distance entre nous. Tu vois, dans la situation où je pense me trouver, je crois que je gère plutôt bien la situation. C'est ce que je crois, mais pour ce qui en est, je ne sais pas si je peux en dire autant. Quand j'écris tout ça, je ne pense pas à ce que tu vas bien pouvoir penser de tout ce que j'écris, je m'en fous qu'on me prenne pour une petite fille éplorée et dévastée par un sentiment d'amour intense. Je m'en fous parce que ce n'est pas le cas, je ne suis pas éplorée et je n'ai plus aucun sentiment depuis longtemps. Le seul sentiment que je ressens souvent, très souvent, à chaque minute de ma vie, chaque seconde même, c'est le dégoût que j'éprouve envers moi-même. Je ne m'aime pas, point. Si j'ai déjà eu une certaine confiance en moi, eh bien elle s'est volatilisée, probablement en même temps que mon estime et ma «joie de vivre» si on peut appeler ça comme ça. Le plus dur, c'est de résister à la tentation, résister à la tentation de faire mal à ce que je n'aime pas, de ne pas le punir. J'y arrive même si ça peut me causer certaines faiblesses. J'ai l'impression que plus je sombre et plus les gens veulent m'aider, et plus ils m'aiment. J'ai toujours cru au proverbe qui dit que tu ne peux pas aimer quelqu'un si tu ne t'aimes pas en premier. Je ne comprends pas pourquoi je ne peux pas aimer quelqu'un alors que d'autres gens m'aiment. Je ne m'aime pas, pourquoi m'aimeraient-ils? C'est pas comme si j'étais le moindrement attirante et en plus, plus je déprime et plus j'en attire. Je pige mal la problématique ici. J'ai vu une afficher en allant à la pharmacie aujourd'hui :«Mon frère a une maladie mentale, aidez-moi s.v.p.» J'aimerais dormir vraiment, vraiment, vraiment très longtemps. Ça fait plusieurs minutes que j'écris tout ça, j'ai survolé plusieurs trucs qui n'ont pas de liens entre eux. J'en ai assez de détours pour expliquer ce qu'on veut vraiment, je suis simplement tannée de devoir toujours entendre les mêmes choses dites sous différentes formes. J'ai peut-être pas compris la base du message parce que tout peut être interpréter différemment à chaque fois, mais j'ai compris l'essentiel. Il n'est pas à toi le problème, ni à propos de toi, ni en rapport avec toi. Tout est de moi, le problème vient de moi, il est en moi, c'est moi.